Issu du podcast danois “Kaffe og Kaos”
Traduction de l’article de Frank Monrad Christensen « Experiences with racism in a Danish Steiner school »
Mes enfants sont africano-danois et sont restés assez longtemps à l’école Steiner à laquelle nous avons finalement dit au revoir en 2022.
Ma fille est devenue rapidement amie avec une autre fille qui lui ressemblait. Très vite, il apparut très clairement que celles-ci n’avaient pas le droit d’être meilleures amies. La professeure de classe voulait les séparer et inventait même des conflits. Elle racontait des choses différentes à nous, parents, et finalement, cela a eu pour conséquence de nous embrouiller car l’enseignante tirait les ficelles. Elle n’arrêtait pas de mettre de l’huile sur le feu. Quand les filles sont entrées en 7ème classe, elles sont redevenues meilleures amies. Aujourd’hui, elles ont 20 ans et le sont encore. Nous en avons parlé maintenant qu’elles sont adultes et elles n’ont jamais eu de problèmes entre elles. Le conflit a été créé par les adultes.
C’était comme si les deux filles métisses ne pouvaient pas être amies. Elles devaient être séparées. Peut-être qu’ensemble, celles-ci étaient perçues comme trop soudées (c’est mon impression personnelle).
Les deux filles métisses se voyaient toujours attribuer le rôle des « méchants » lorsqu’elles jouaient des pièces de théâtre. L’amie de ma famille devait être la « sorcière » car elle avait, selon les dires de l’enseignante, des « cheveux de sorcière » bruns et frisés. Ma fille devait se dissimuler dans un grand costume et une autre fois, elle devait jouer un méchant sale et dégoûtant. Pendant ce temps-là, les enfants des parents « favoris » jouaient des anges ou des rôles similaires avec leurs cheveux fins et clairs.
Ma fille a également eu l’occasion de voir un professeur apporter des bonbons à la guimauve enrobés de chocolat en les désignant par un terme raciste (« fesses de nègre »), tout en déclenchant les rires du reste de la classe en disant que cela n’était probablement pas quelque chose qu’il fallait dire. Une autre fois, ce même professeur s’est tiré les coins des yeux pour imiter les Chinois.
En 1ère classe, mon fils a vécu une mésaventure pendant la pandémie de Covid-19. Il a fait tomber son repas par terre (peut-être parce qu’il était stressé par sa professeure de classe). Elle l’a forcé à manger la nourriture. Mon fils a refusé parce qu’il y avait du sable dessus (il est également très sensible) et qu’il avait peur du Covid et des bactéries. Sa professeure a insisté pour qu’il mange la nourriture souillée en lui disant qu’il devrait penser aux « enfants pauvres en Afrique ». C’était extrêmement condescendant, d’autant plus qu’il est lui-même à moitié Africain. Résultat : les semaines suivantes, il avait des difficultés à manger car il ne cessait d’imaginer qu’il avait du sable et de la terre entre les dents.
Il existe beaucoup de racisme « insidieux » mais aussi pas mal de racisme exprimé de manière directe, par exemple par les autres enfants, et les miens ne pouvaient pas chercher de l’aide auprès des adultes qui étaient censés les soutenir. Heureusement, mes enfants sont réfléchis et bien encadrés à la maison, ils sont donc capables de reconnaître les remarques inappropriées.
Le côté triste dans cette histoire est qu’à chaque fois que je soulevais ces problèmes, il m’était répondu qu’il y avait des enfants de différents pays dans l’école, comme si, par exemple, les enfants allemands et norvégiens vivaient la même chose.
Même si nous avons dit au revoir (et non « à bientôt ») à l’école, en 2022, mes enfants continuent de raconter des choses. Une grande partie des évènements a été refoulée, mais ils ressurgissent par petites touches et ceux-ci ont eu des conséquences importantes sur leur estime de soi et leur identité.





