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Des élèves diabétiques qui dérangent : quand le monde idyllique des écoles Steiner-Waldorf vire au cauchemar

Des élèves diabétiques qui dérangent : quand le monde idyllique des écoles Steiner-Waldorf vire au cauchemar

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Résumé

Dans les écoles Steiner-Waldorf, les écrans sont proscrits, la technologie étant fréquemment associée au démon Ahriman selon l’anthroposophie. Un précepte qui pose problème aux élèves diabétiques dont le smartphone est indispensable pour surveiller la glycémie.

Traduction d’un article du Stuttgarter Zeitung

La famille Weber était persuadée de l’importance de la pédagogie Steiner-Waldorf. Mais lorsque leurs filles deviennent diabétiques, leur maladie fait l’objet de dissensions. Les parents se sentent harcelés et diffamés par l’école Steiner-Waldorf de Mayence. Entre-temps, le Parquet a ouvert une enquête.

Celui qui scolarise son enfant dans une école Steiner-Waldorf espère favoriser son développement individuel, sans formatage, ni incitation à la performance. « Les écoles libres Steiner-Waldorf, en tant qu’école sans sélection, ni ségrégation, ni discrimnation, considèrent tous les êtres humains comme libres et égaux en dignité et en droits », affirme la « Déclaration de Stuttgart » de la Fédération [NdT : allemande] des écoles libres Steiner-Waldorf. C’est pourquoi ces écoles sont souvent comparées au monde idyllique de Bullerbü d’Astrid Lindgren.

Le contraste est frappant avec les expériences vécues par une famille originaire d’Ingelheim am Rhein, au sein de l’école libre Steiner-Waldorf de Mayence. « L’école a employé tous les moyens pour nous intimider », se plaint le père, Lars Weber*. Au début, tout se passait bien : Weber a conçu un nouveau site Internet pour l’école, sa femme y enseignait une matière obligatoire au choix. La collaboration des parents est en effet expressément souhaitée. Cependant, le climat a changé lorsque les deux enfants, qui fréquentaient alors la 1ère et la 3ème classe, ont contracté le diabète de type 1 à la suite d’une infection au printemps 2022.

Diabète infantile : les enfants concernés peuvent tout à fait suivre une scolarité normale

Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune chronique dans laquelle les cellules productrices d’insuline présentes dans le pancréas sont durablement endommagées. Cette maladie nécessite un traitement complexe où la glycémie des patients doit être régulièrement contrôlée et régulée par des injections d’insuline. Un taux de glycémie trop élevé ou trop bas peut s’avérer dangereux.

« Les personnes atteintes du diabète de type 1 peuvent mener une vie tout à fait saine et normale si elles observent certaines règles », explique Michael Bertsch de l’Initiative Diabetes-Kids. « Les enfants concernés peuvent suivre une scolarité tout à fait normale si les professeurs sont volontaires pour veiller un minimum au diabète ».

C’est exactement cela qui a posé visiblement problème à l’école Steiner-Waldorf de Mayence : les enfants diabétiques ont en effet besoin de bénéficier de certains « privilèges » pour surveiller leur maladie. Ils doivent ainsi par exemple pouvoir utiliser leur smartphone pour surveiller leur glycémie à l’aide d’une application. De même, les professeurs doivent savoir quoi faire quand un enfant est en hypoglycémie. À cette fin, des accords précis sont essentiels entre les parents et l’école. Néanmoins, lorsque les parents ont voulu parler de la gestion de la maladie de leurs filles, ceux-ci auraient été confrontés à de la résistance. « Nous voulions une bonne communication avec l’école. Ce ne fut cependant pas le souhait de la direction », rapporte M. Weber. L’école a refusé pendant des mois de reconnaître l’obligation d’administrer des médicaments d’urgence et d’en informer le personnel.

Eva Thömmes, enseignante et membre de la direction de l’école Steiner-Waldorf de Mayence, parle au contraire de « demandes hystériques » de la part des parents et avance que la communication aurait toujours été professionnelle, la protection des enfants également. Le collège des professeurs ferait régulièrement des perfectionnements aux gestes de premiers secours et serait sensibilisé à la maladie, selon Thömmes. « Les enfants avaient tout le temps la possibilité de participer aux cours ». C’est à vrai dire une évidence du fait de l’obligation scolaire et de la loi qui oblige toutes les écoles à pratiquer l’inclusion.

« L’école s’est comportée de façon complètement contre-productive, tant sur le plan psychologique que pédagogique », déclare le professeur Andreas Pfützner, diabétologue à Mayence chez qui les filles sont suivies.

« Ce qu’il s’est passé ici est de la pure discrimination ».

Le professeur de classe profère des menaces

Il y a eu de graves problèmes, notamment avec le professeur de classe de la fille aînée, dit la mère Pia Weber*. Ce professeur leur a même reproché leur taux d’absentéisme élevé et les a menacées de sanctions. Après des critiques sur sa gestion du diabète, le professeur a rompu toute communication. Le père a ensuite été renvoyé d’une réunion de parents en raison de « comportements intrusifs », affirme l’école. Des parents présents attestent toutefois que le père a exprimé le souhait que sa fille puisse aller à un voyage scolaire, de façon calme et objective, alors que le professeur s’est montré au contraire bruyant et autoritaire.

La famille décrit ce qu’elle a vécu comme du harcèlement et une cabale à son encontre.

« Une médiatrice a même été sollicitée », selon M. Weber. « L’école a refusé de prendre en compte sa recommandation d’entamer un dialogue avec nous ».

Finalement, les parents ont saisi l’Agence de lutte contre les discriminations de Rhénanie-Palatinat et le ministère de l’Éducation nationale, à la suite de quoi la situation s’est définitivement envenimée : la direction a envoyé un signalement à l’Office de la protection de l’enfance de Mayence-Bingen pour une prétendue mise en danger de l’intérêt supérieur des enfants, au motif que le père ait insisté sur le fait que le diabète est une maladie grave. On s’inquièterait que cela donne une « mauvaise image de soi » aux enfants. L’école a en outre exprimé des inquiétudes quant à un suivi inadéquat du diabète. Le signalement conclut : « des idées nous viennent à l’esprit, telles que « comportements violents » et « homicide-suicide” ».

Le diabétologue félicite les parents

Le professeur Pfützner trouve cela également « aberrant », ce dernier confirmant que les enfants ont un excellent suivi du diabète. Les parents se comportent de façon exemplaire quant à la prise en charge de leurs enfants.

« Nous étions en état de choc lorsque le dossier de l’Office de la protection de l’enfance nous a été présenté », affirme Pia Weber. « Jamais nous n’aurions pensé que l’école aille si loin et nous accuse du pire sans aucune preuve, simplement pour repousser nos critiques et nous faire taire ».

La visite à domicile de l’Office de la protection de l’enfance n’a pas seulement exclu une mise en danger de l’intérêt supérieur des enfants. Les travailleuses sociales ont en outre conseillé tout de suite de retirer immédiatement les enfants de l’école Steiner-Waldorf. Depuis l’été, les deux filles fréquentent des écoles publiques et n’y ont rencontré aucun problème, selon la famille.

Le signalement de l’école irrite l’Office de la protection de l’enfance

Eva Thömmes de l’école Steiner-Waldorf justifie le signalement : « Afin de répondre à notre devoir minimum de diligence, ces informations ont dû être transmises à l’Office de la protection de l’enfance ». En fin de compte, la raison invoquée était que les enfants étaient sans arrêt absentes. Cela n’a pourtant rien à voir avec le point central du signalement et pour les parents, il n’y a pas eu d’irrégularités.

L’Office de la protection de l’enfance de Mayence-Bingen n’a pas voulu se prononcer sur les faits pour des raisons de confidentialité. Néanmoins, selon des notes de l’Office, il y avait un besoin de clarification avec l’école sur les circonstances du signalement manifestement infondé.

Il n’est par contre pas du ressort de l’Office de la protection de l’enfance de sanctionner les signalements abusifs. C’est pourquoi la famille a fait appel à un cabinet d’avocats et déposé plainte pour diffamation et dénonciation calomnieuse. Le Parquet de Mayence a ouvert une enquête.

L’école Steiner-Waldorf émet une déclaration d’abstention

Dans la foulée, la famille a déposé un recours administratif contre l’école Steiner-Waldorf et signalé de nombreuses violations de données personnelles auprès de la Délégation à la protection des données de Rhénanie-Palatinat. À la demande de leur avocat, Eva Thömmes et l’association de l’école Steiner-Waldorf ont finalement été contraintes d’émettre une déclaration d’abstention en raison d’allégations injurieuses et mensongères à propos des prétendus comportements des parents.

« Nous voudrions que d’autres familles soient épargnées d’une telle situation », déclare Lars Weber. « Nous nous battons pour cela ».

*Les noms des parents ont été modifiées par la rédaction

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