Notre association, fondée en novembre 2023 par des victimes du mouvement anthroposophique et des écoles Steiner-Waldorf, réagit suite au communiqué de presse du 22 août 2024 diffusé par la Fédération Pédagogie Steiner-Waldorf, association assurant la promotion et la défense des établissements faisant partie de son réseau, intitulé « Appel au dialogue suite aux conséquences désastreuses d’une décision préfectorale à Pau ». Ce communiqué faisait suite à la fermeture de l’école L’Arc-en-Ciel de Jurançon (64) annoncée il y a quelques jours par la presse, évoquant l’impact de la fermeture administrative de sa classe élémentaire ordonnée par le Préfet des Pyrénées-Atlantiques en juin dernier. Cette prise de position de la part de la Fédération, méprisante à l’égard des victimes des écoles Steiner-Waldorf et dénigrante à l’égard des institutions, a suscité notre émoi et notre indignation. Nous déplorons également l’absence de prise en compte des victimes dans les articles de presse relatant cette fermeture, ceux-ci étant au mieux neutres, au pire complaisants
La presse, notamment La République des Pyrénées dans un article du 22 août 2024 et Sud Ouest dans un autre du 29 août 2024, donne la parole aux dirigeants de l’école L’Arc-en-Ciel sans toutefois prendre en compte celle des victimes, que ce soit les parents qui y ont scolarisé leurs enfants, pensant alors leur faire bénéficier d’une pédagogie alternative, ou les enfants et anciens élèves eux-mêmes. La presse ne fait pas non plus état de certains aspects de cette pédagogie issue d’un mouvement surveillé par la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), ni des éléments mentionnés dans l’arrêté préfectoral ordonnant la fermeture de la classe élémentaire. Elle ne relate pas non plus le fait que Daniéla Hucher, ancienne directrice de l’école, est une ancienne membre du Comité Directeur de la Société anthroposophique en France.
Par ailleurs, le communiqué de presse publié le 22 août 2024 par la Fédération Pédagogie Steiner-Waldorf, dont il est important de préciser que sa présidente participait en avril dernier à un congrès de la section pédagogique du Goetheanum, siège de la Société anthroposophique universelle, appelle la Miviludes et le ministère de l’Éducation nationale au « dialogue » et dénonce une supposée atteinte à la liberté pédagogique. Mais quel dialogue peut-on tenir avec une organisation qui dissimule ses liens avec l’anthroposophie ? De quelle « atteinte à la liberté pédagogique » serait-il question lorsqu’il s’agit de contrôler rigoureusement des pratiques qui ne relèvent en aucun cas de la pédagogie, mais de traditions fondées sur un ésotérisme douteux ? Comment parler de « liberté pédagogique » lorsque les parents d’enfants scolarisés en école Steiner-Waldorf ne sont pas ou mal informés au sujet de l’anthroposophie qui est la base de ces établissements, ni du fait que cette doctrine occultiste y est enseignée insidieusement aux élèves ? Nous croyons en effet que la liberté pédagogique relève d’un choix éclairé et par conséquent du droit des parents à être informés de ce dans quoi ils envisagent de scolariser leurs enfants.
La Fédération Pédagogie Steiner-Waldorf reproche également le manque de professionnalisme et d’objectivité des inspecteurs dans le cadre des inspections menées à l’école L’Arc-en-Ciel. Elle se plaint de l’absence de prise en compte des spécificités de la pédagogie Steiner-Waldorf. Nous notons néanmoins qu’habituellement, la Fédération invoque le fait que les écoles de son réseau sont inspectées tout comme d’autres établissements. Nous en concluons donc que lorsque les inspections sont favorables, la légitimité des inspecteurs n’est pas remise en cause, sauf quand ceux-ci repèrent des manquements. Nous regrettons aussi le manque de remise en question au sujet de ce que la Fédération appelle des « points de détails » alors qu’il s’agit pourtant d’éléments pouvant compromettre le droit fondamental à l’instruction et la sécurité des enfants.
Le Préfet avait de bonnes raisons de fermer la classe élémentaire de l’école L’Arc-en-Ciel au vu des manquements énoncés dans l’arrêté préfectoral, tels que notamment la méconnaissance du droit de l’enfant à l’instruction obligatoire constatée par les inspecteurs. De plus, il est à noter que les inspecteurs travaillent de façon totalement indépendante de la Miviludes et du ministère de l’Intérieur puisqu’ils dépendent de l’Éducation nationale. Il nous paraît donc injustifié d’accuser la Préfecture des Pyrénées-Atlantiques ou le rectorat de l’académie de Bordeaux d’un quelconque abus de pouvoir.
Nous déplorons le fait que la Fédération Pédagogie Steiner-Waldorf défende ses écoles en accusant à tort la Miviludes de ne pas vérifier la véracité des saisines et l’identité des auteurs. Les saisines ne sont pas anonymes puisque leurs auteurs doivent décliner leur identité pour que celles-ci soient prises en compte par cet organisme interministériel. En revanche, elles sont anonymisées dans un but évident de confidentialité après que la Miviludes ait vérifié l’identité des auteurs et la crédibilité de leur récit. Nous tenons à ajouter que toutes les victimes avec qui le CAVESA a échangé disent avoir subi de l’ostracisme, de la calomnie ou encore des menaces implicites. Il est donc compréhensible que leurs saisines soient anonymisées, ceci leur évitant la peur de représailles encore plus violentes que ce qu’elles ont subi.
L’injonction faite aux institutions de la part de la Fédération, invoquant “l’État de droit”, est à nos yeux une forme de pression envoyée aux institutions concernées pour ne pas enquêter sur les problèmes éventuels qui peuvent exister dans les écoles Steiner-Waldorf. Ceci laisse présager à notre sens un caractère opaque de ces établissements. Ainsi, il nous semble important d’appeler le ministère de l’Éducation nationale à la plus grande vigilance et à ne pas céder à ces pressions opérées par la Fédération Pédagogie Steiner-Waldorf à travers son communiqué au ton particulièrement agressif et accusateur.
Il s’agit là en effet d’une stratégie de communication usant d’un discours remettant en cause les institutions officielles, à l’instar du précédent communiqué de la Fédération en date du 26 juin 2024 où celle-ci qualifiait le dernier rapport de la Miviludes d’ « opaque » pour avoir cité les écoles de son réseau et s’être vue refuser la transmission des saisines. La justice était également qualifiée d’ « extraordinairement sévère » après avoir condamné Nicolas Tavernier, président de l’Association Nationale pour la Promotion et l’Avenir de la Pédagogie Steiner-Waldorf, pour le chef de diffamation et d’injures publiques à l’encontre de Grégoire Perra. Cette stratégie toujours à l’œuvre dans le récent communiqué de presse de la Fédération Pédagogie Steiner-Waldorf du 22 août 2024 vise de notre point de vue à détourner l’attention de la réalité, ladite réalité étant que la Préfecture des Pyrénées-Atlantiques et le rectorat de l’académie de Bordeaux ont tous deux constaté de façon indépendante des manquements particulièrement graves de nature à justifier l’ordre de fermer la classe élémentaire de l’école L’Arc-en-Ciel.
Enfin, nous souhaitons témoigner de notre plein soutien aux familles, aux enfants et aux anciens élèves victimes des écoles Steiner-Waldorf. Nous sommes également compatissants des familles et des enfants scolarisés à l’école L’Arc-en-Ciel qui devront changer d’établissement à seulement quelques jours de la rentrée, mais aussi se réintégrer à la société après en avoir été coupé par une communauté. Nous nous tenons à leur disposition pour les aider à surmonter la peur liée à ce changement d’environnement, mais aussi à celle des familles et des anciens élèves de l’école L’Arc-en-Ciel qui souhaiteraient nous faire part de leurs interrogations, ou trouver une écoute et un soutien par rapport à leur vécu.
Le Collectif d’Aide aux Victimes des Écoles Steiner-Waldorf et de l’Anthroposophie



